C'est une nuit d'orage de Juin 1816, qu'une jeune fille, Mary
Godwin , se prête à un jeu de société
littéraire avec le poète Percy
Bysshe Shelley (qui allait devenir son mari quelques mois plus tard)
, Byron (lui aussi poète) et le docteur John-William Polidori (
qui sera le seul, avec Mary, à conduire son récit jusqu'au
bout et à en extraire un roman: "Lord Ruthven").
Le jeu ?: écrire une histoire d'épouvante
(
très à la mode dans le siècle du Romantisme et du
Symbolisme...). Pourtant, au lieu des fantômes classiques chers à
l'imagerie d'épouvante britannique, c'est l'image d'un
savant
qui apparut dans l'esprit de la jeune femme.
Ainsi naquit le docteur Victor Frankenstein,
homme de science voulant à tout prix découvrir le secret
de la vie.... (Coup de tonnerre à ce moment-là...)
Son roman "Frankenstein - ou le Prométhée moderne"
paraît en 1818.
Mais pourquoi ce sous-titre ?
Dans la mythologie grecque, Prométhée est un titan
(fils de Japet et frère d'Atlas) qui façonna un homme d'argile
et lui donna la vie en volant
le feu du ciel aux dieux. Pour le punir, Zeus lui envoya Pandore,
porteuse de la fameuse boîte où toutes les calamités
se trouvaient enfermées. Mais le titan ne céda pas à
la tentation de savoir ce qui se trouvait à l'intérieur:
c'est son frère Epiméthée qui assouvira sa curiosité
aux dépens de tous les hommes... Zeus fit enchaîner
Prométhée (responsable de la boîte) sur le Caucase
où un aigle lui dévorait le foie, celui-ci repoussant chaque
jour... Prométhée sera délivré par Heracles
(un gars sympa). |
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"Le docteur "vole" le don de la vie - normalement
réservé aux dieux - et est puni par où il a pêché:
la créature qu'il a fait naître décîme les personnes
les plus chères au savant par vengeance; celle-ci étant affublée,
malgré toute la bonne volonté du docteur, d'une laideur
abominable.
Mais Victor Frankenstein est avant tout l'archétype du "savant
fou" mégalomane: même si Frankenstein estime que son
" pouvoir " de retarder, voire de supprimer la mort est utile (Prométhée
vola le feu divin pour le bien de l'humanité), c'est plus la
reconnaissance de toute la communauté scientifique qui intéresse
le savant: "je dévoilerai les puissances inconnues et je révélerai
au monde les secrets des plus grands mystères de la création.
"
Autre différence entre les deux personnages: Prométhée
agit pour défier Zeus. Contrairement
au titan, Frankenstein ne porte pas d'intérêt à ce
problème philosophique et sacré que tous ses proches lui
reprochent: "concurrencer" Dieu.
Alors que le frère d'Atlas fait face à son juge et accepte
son sort, le savant décline, après la naissance de son monstre,
toute responsabilité des actes de ce
dernier. Et c'est ce point qui donne un intérêt particulier
au roman de Shelley: ces questions qui embarrassent les scientifiques:
ne va-t-on pas à l'encontre de la nature en expérimentant
de nouvelles techniques, quelles responsabilités doit-on assumer,
quelles conséquences auront ces expériences
(Génie génétique, embryologie...) ?
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Un autre thème, bien moins étudié mais néanmoins
abordé dans cette oeuvre majeure du genre gothique, est celui de
l'apprentissage moral et de l'éducation.
La Créature représente la "tabula rasa" de Locke où
tout ce qui composera la personnalité est à écrire.
On peut aussi voir sa découverte du monde qui l'entoure comme un
exemple de la théorie de l'apprentissage par l'observation
directe chère au grand philosophe du siècle des Lumières:
Rousseau. A noter, le total désintéressement de la part du
créateur: Victor Frankenstein... |
Le roman se déroule en flash-back:
Attendant que la banquise qui emprisonne son bateau ait fondue, un marin
R. Walton sauve un homme en traîneau. Cet homme épuisé
(Victor Frankenstein), dont la tristesse inquiète et attise la curiosité
du marin, poursuit un être gigantesque
que Walton a remarqué deux heures plus tôt sur la banquise.
Le savant lui racontera alors (et le navigateur retranscrira ce récit
par le biais de lettres adressées à sa soeur) toute la triste
histoire de la création du monstre et de l'infortunée route
du savant.
Il meurt en demandant au marin d'accomplir ce que lui désormais
ne pourrait plus faire: détruire la créature:
"jurez-moi que vous le tuerez et qu'il ne vivra pas pour allonger la liste
de ses crimes."
Quelques minutes plus tard, la créature rend visite
à la dépouille de Frankenstein,
rencontre Walton et lui déclare que rien ne sert de l'abattre puisqu'il
mettra lui même fin à son existence en un bûcher purificateur;
ses restes " n'apporteront aucune lumière à quiconque serait,
dans sa curiosité et dans son impiété, assez malheureux
pour entreprendre de donner la vie à un être pareil à
celui " qu'il fut.
Le marin le laisse partir:" Il fut bientôt emporté par
les vagues et se perdit dans les ténèbres, au loin. "
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On a reproché à Mary Shelley une petite faiblesse
au niveau de la narration et un souci du détail
peu développé: Frankenstein commence le récit de la
création du monstre par: " Je vois mon ami que vous désirez
connaître mon secret: c'est impossible. ... Apprenez, sinon par mes
conseils, du moins par mon exemple, combien il est dangereux de savoir
certaines choses... " Un peu léger...
D'un autre côté, cela laissa un flou que les cinéastes,
adaptant le roman pour le septième art, exploitèrent pleinement
en créant des machines fantastiques,
fonctionnant avec la foudre, afin de donner vie à leur créature.
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le cinéma exploite
plus ou moins habilement ( voir ICI) le roman
de Mary Shelley. Mais l'un des acteurs restera définitivement associé
au rôle de la Créature: Boris Karloff.
C'est ce rôle qui lancera sa carrière "d'acteur-à-tout-faire-du-Cinéma-d'Horreur"
un titre qu'il partage avec Bela Lugosi ou Lon Chaney. ( Frankenstein,
Vampire, Mommie, Loup-garou, Méchants-très-méchants,
...ils ont tout joué.)
Curieusement, Karloff (ici aux côtés d'Elsa Lanchester
dans "The Bride of Frankenstein"1935) ne fut pas crédité
au générique
de son premier
film dans le rôle de la Créature ("Frankenstein" 1931): un
" ? " remplaçait
son nom... |
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