L'étude sérieuse du sommeil et du rêve est récente.
Il lui faut encore combler un grand nombre de lacunes. Cependant en moins
d'un demi-siècle l'homme en a appris plus sur le rêve qu 'au
cours du reste de son histoire.
L'homme n'est pas le seul animal à
présenter du sommeil paradoxal (SP).
Et la phylogenèse du sommeil (l'étude de son évolution
et de ses caractèristiques à travers les différentes
espèces) peut aider à comprendre la signification biologique
du SP.
Son apparition coïncide avec celle de l'homéothermie,
c'est-à-dire la capacité à maintenir une température
centrale élevée et constante quelle que soit celle de l'environnement
(capacité présente chez les oiseaux et les mammifères).
Autre remarque, plus un animal est immature
à la naissance plus il a du sommeil paradoxal; et ceci non seulement
à la naissance mais également à l'âge adulte.
Cependant ce n'est vérifié que chez les mammifère:
les oiseaux, très immatures à la naissance, n'ont que peu
de sommeil paradoxal. Toutefois, aussi bien chez les oiseaux que chez les
mammifères, la quantité de SP est environ cinq fois plus
élevée à la naissance qu'à l'âge adulte.
Chez toutes les espèces vivantes, il représente
d'abord 50 à 80% des nombreuses heures de sommeil du nouveau-né,
puis il diminue progressivement.
Malgré l'importance que certains scientifiques
donnent au sommeil paradoxal pour le développement des fonctions
supérieures du cerveau, les deux mammifères les plus primitifs
(le tatou géant et l'opossum) présentent
des quantités impressionnantes de sommeil paradoxal, tandis que
l'homme n'en a qu'une quantité très
moyenne. En général, plus un animal dort, plus il présente
de SP. Il y a toutefois des exceptions à cette règle car
le paresseux par exemple, qui peut dormir jusqu'à 17 heures par
jour n'a que 72 minutes de SP.
Mais, le Sommeil Paradoxal, qu'est-ce que c'est exactement:
Dans les années 50, on connaît déjà
les mouvements oculaires rapides
(sommeil REM = rapid eyes movements) des dormeurs. En 1958, à
Lyon, M. Jouvet observe un phénomène
imprévu. Les mouvements oculaires des dormeurs s'accompagnent d'un
tracé d'éveil cortical, d'une atonie musculaire complète
et d'un sommeil très profond : le dormeur est très difficile
à réveiller, son corps devient tout mou, son cerveau s'éveille
et ses yeux bougent dans tous les sens. Il nomme ces périodes actives
"sommeil paradoxal".
Le sommeil paradoxal n'est pas continu au cours du sommeil:
il apparaît périodiquement et sa récurrence structure
les cycles de sommeil. Il se manifeste grossièrement toutes les
4 minutes de sommeil chez la souris, toutes les 27 minutes chez le chat,
toutes les 90 minutes chez l'homme et toutes les 100 minutes chez l'éléphant.
Comme d'autres grandeurs physiologiques telles que la
durée des cycles cardiaques, respiratoires, etc... la périodicité
du SP est inversement proportionnelle, ( à l'exception des ruminants),
au métabolisme de base de ces animaux.
Ainsi la souris, qui a un métabolisme de base 25 fois plus grand
que l'éléphant (c'est-à-dire qu'elle consomme vingt
cinq fois plus d'oxygène par gramme de poids et par heure), présente
25 fois plus souvent du SP que l'éléphant... Si la souris
rêve plus fréquemment, elle rêve moins longtemps que
l'éléphant.
C'est ainsi que si nous comparons la durée d'un
épisode de SP avec sa périodicité chez les 26 espèces
animales pour lesquelles des données fiables sont disponibles, nous
trouvons un rapport, dit " rapport cyclique
", extrêmement fixe et proche de 4. Cela signifie que chaque cycle
de sommeil comporte trois quarts de sommeil lent suivis d'un quart de SP,
et ce dans toutes les espèces animales.
Le sommeil lent, économe
en énergie pour notre cerveau, alterne ainsi régulièrement
avec un SP luxueux et consommateur d'énergie. Les situations de
carence énergétique cérébrale, telles que l'hypoglycémie,
la fièvre... s'accompagnent d'une réduction, voire d'une
suppression du SP. Il serait ainsi possible que des conditions
énergétiques cérébrales particulières
favorisent l'apparition cyclique du SP:
Par exemple, chez le chat en donnant à respirer
à ces animaux de l'oxygène pur, le SP est alors apparu toutes
les 30 minutes, soit deux fois plus souvent qu'avec de l'air normal. C'est
un peu comme si l'on demandait subitement à une horloge de tourner
deux fois plus vite, en lui fournissant en quelque sorte l'énergie
pour le faire.
Toutes les études réalisées
sur le sommeil paradoxal montrent des propriétés étonnantes,
qui défient les lois habituelles de la physiologie :
-
Rythme : Le SP viole
le principe d'homéostasie ( "Le
milieu intérieur de tout être vivant tend vers un équilibre
constant...") et il se répète
régulièrement toutes les 90 minutes.
-
Fonction : indispensable,
inutile ou dangereux ?
-
Le SP revient, accru, quand on s'oppose à
son apparition. Sa suppression médicamenteuse entraîne un
rebond à l'arrêt du traitement. Après une nuit sans
sommeil, la durée du sommeil paradoxal double la nuit suivante.
-
La suppression du SP à l'aide de drogues pendant
des années n'entraîne aucun trouble significatif du comportement,
de la mémoire ou de l'apprentissage.
-
Le SP est un état de paralysie et d'isolement
sensoriel, avec une vulnérabilité totale vis-à vis
d'un éventuel prédateur.
-
Le SP perturbe sans raison l'équilibre interne
et consomme beaucoup d'énergie.
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Equilibre interne :
Au cours du sommeil paradoxal, les régulations de la respiration,
du coeur, de la circulation et des fonctions neuro-végétatives
sont bouleversées.
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Chez des sujets sains, on observe des pauses cardiaques
de plusieurs secondes.
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Ces troubles peuvent provoquer la défaillance
d'une fonction vitale et la mort.
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Energie : Au cours du
SP, le cerveau utilise de l'énergie et de l'oxygène. Le métabolisme
cérébral devient en partie anaérobie. Le cerveau produit
des lactates et se fatigue comme un muscle à l'effort. (problème
des migraines par exemple)
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Erection : elle accompagne
le sommeil paradoxal chez l'homme quel que soit l'âge et le sexe.
Inexpliquée, elle est indépendante d'un éventuel thème
sexuel du rêve.
-
Température centrale
: En contradiction complète avec les lois habituelles de la physiologie,
la durée du sommeil paradoxal augmente quand la température
centrale diminue. A 27°, le rêve tend à devenir permanent.
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