Le Loup


" - Le loup? dit Marinette, alors on a peur ?
- Bien sûr on a peur." lui répond Delphine...

Les contes du chat perché de Marcel Aymé

Aucun animal n'est autant enraciné dans les  mythes et légendes des peuples Européens et Nordiques.
De nombreuses légendes sur les Loups mangeurs d'hommes tirent leur origine des périodes de guerres, de famines ou d'épidémie. Et nul doute, qu'affamés par un hiver plus rude, les loups profitaient de temps en temps de la faiblesse de certains: enfants, vieillards, hommes et femmes malades...
Mais souvent ils ne furent que des boucs-émissaires. Témoins ces histoires où de "mâles bêtes" dévorent de préférence des jeunes filles ou des garçonnets... Comment résoudre ces disparitions ? Par une bonne battue... Et qui est déclaré coupable sans preuves: le Loup...

Ces récits se ressemblent toujours étrangement...

" Le loup mord, le loup dévore"...
Toutes les histoires traditionnelles de loup, de "la chèvre de monsieur Seguin" aux légendes Perses, sibériennes en passant par les contes pour enfant, parlent du passage dans son ventre, comme un rite initiatique.
C'est ce que subit le petit Chaperon Rouge... Dans les versions originelles (dont seront tirées celles du conte de Perrault et l'histoire des frères Grimm) une jeune fille va rendre visite à son aïeule. Mais, dans la traversée de la Forêt, elle à le choix entre: "le chemin des aiguilles" et celui "des épingles"...
Dans le langage rural, le premier désigne les épouses, le second les jeunes femmes en âge de se marrier. "L'enfant insouciante qui choisit le chemin des épingles pour aller chez mère-grand, parce qu'il est plus rapide de faire tenir quelque chose avec des épingles que de le coudre, sortira Femme de la maison de la Forêt." En effet le Petit Chaperon Rouge découvre le sang ( elle partage un repas qui n'est rien d'autre que les restes de sa mére-grand...) et l'état adulte: le Loup l'invite à partager son lit... et la mange...
La fillette qui a " vu le loup" a perdu son innocence (en plus de sa vie).

La version des Grimm (un autre p'tit conte? "click !") a un fond un peu édulcoré: le chasseur arrive peu après et avec son grand couteau délivre du ventre du monstre la grand-mère et le Petit Chaperon Rouge... Du politiquement correct avant l'heure... 

Les légendes traditionnelles montrent un Grand-Méchant-Loup (à l'exemple du Petit Chaperon Rouge), cruel mais aussi connu pour sa bêtise:
Chez La Fontaine et ses Fables ou dans les contes d'Assanassieff, il est toujours grugé et perd sa proie lamentablement... Dans le Roman de Renart, dupé par le facétieux goupil, Ysengrin y perd sa queue, prise dans la glace de l'étang gelé: Renart lui avait fait croire que l'on pouvait attraper du poisson de cette façon...

Sa réhabilitation sera tardive: Disney donne un contrepoint au Grand-Méchant-Loup grâce à son fils, P'tit loup, ami des 3 petits cochons... Marcel Aymé le montre traqué, mais aussi fondamentalement "loup":

"L'agneau que j'ai mangé, dit-il. Lequel ?
- Comment? Vous en avez donc mangé plusieurs? s'écria Delphine.
Eh bien c'est du Joli!
- Mais naturellement que j'en ai mangé plusieurs. je ne vois pas où est le mal...
Vous en mangez bien vous !"

On n'échappe pas facilement à sa nature: quand Delphine et Marinette lui disent: "Loup, si on jouait au loup ?", celle-ci réapparait forcément:

" Alors le loup, poussant un grand hurlement, fit un bond  hors de sa cachette
la gueule béante et les griffes dehors..."

Heureusement pour les deux petites filles, "le loup ne savait pas ouvrir les portes, il demeura prisonnier dans la cuisine...En rentrant, les parents n'eurent qu'a lui ouvrir le ventre pour délivrer les deux petites." Son ventre recousu "avec deux mètres d'une bonne ficelle frottée d'un morceau de suif", le loup promit :" et, quand je verrais des enfants, je commencerais par me sauver..."

Seules certains saints se firent les défenseurs du loup (alors que le Diable, lui était couramment associé): Saint Loup, Saint Nicolas en Pologne fut "berger de loups", et tout le monde connait St François d'assise:
Dans la campagne italienne, frère François avisa une troupe de paysans avec leur faux sur le dos, en plein hiver... "On va faucher de la neige ?" leur demanda malicieusement le futur saint. "Une Bête décime les cheptels et trucide les gens de la région" lui répondent les paysans. François propose alors d'aller à la rencontre du loup; d'un signe de croix, il le soumet et obtient de sa part la tranquilité du voisinage. En échange les villageois s'engagèrent à le nourir...

Initialement répandu dans toute l'europe et l'amérique du nord, l'habitat du loup s'est considérablement réduit suite aux chasses intensives dont il a été victime.
Longtemps méconnu, alors qu'il était présent dans la vie quotidienne par la crainte qu'il inspirait, il faut attendre Linné au Siècle des Lumières, et des encyclopédistes, pour que le loup s'apelle désormais sous un seul nom, c'est-à-dire comme une seule espèce: Canis lupus ("le loup gris", viendra une seconde: Canis rufus "le loup roux"). Finies aussi les analogies: plus de "loup des mers" (barraccuda) ni de "loup ailé" ( harpie féroce), encore moins d'araignée loup ( Lycoside), de loup-cervier (un lynx tueur de cerfs...) ou de loup de Tasmanie ( un marsupial).
 
 
Des yeux clairs en amande, qui "reluysent par nuit comme chandelle". Comme ceux des chats, les yeux des loups possèdent un tissu particulier, le tapetum lucidum, qui facilite la vision nocturne ou crépusculaire et rend les yeux phosphorescents.
Le Loup est un carnivore, (charognard opportuniste parfois:) 42 dents dont les canines de 6 cm et plus... Un loup pèse entre 25 et 50 kg, pour une taille de 60 à 90 cm au garrot et une longueur de 110 à 150 cm. Mais tout comme la couleur de son pelage (blanc pour le loup du Groënland, presque noir pour les loups du McKenzie,...), tout cela est très variable d'un individu et d'une région à l'autre...

La plupart des loups vivent en bande: ils peuvent attaquer des proies 10 fois plus lourdes qu'eux, comme les caribous.
La vie dans la meute est rude. Trouver sa place dans la hiérachie, se nourir, se battre pour une femelle... La meute se construit autour de celui qui arrive le mieux à assurer sa dominance: c'est l'alpha. En théorie seuls le mâle et la femelle alpha se reproduisent. Cela n'empêche pas les couples durables entre d'autres individus, mais sans descendance. Ils seront d'excellents "tuteurs et nourrices" pour les petits de la seule portée de la meute (celle des dominants: 4 à 7 louveteaux à la fin de l'hiver): il s'agit de leur donner toute les chances de survie.
 

Les positions de la queue, des oreilles et de tout le corps permettent l'échnange de signaux et la reconnaissance du rang de chaque individu:" queue dressée, pattes campées, voilà le dominant. Oreilles basses, crocs dégagés, il menace; aussitôt, le dominé [ si il refuse l'affrontement] fait acte de soumission, la queue entre les pattes, la mine basse."

Les "bagarreurs" qui ont du mal à se plier à ces règles de conduites seront exclus de la meute et vivront en solitaire, le temps de fonder la leur: en effet le loup est un animal profondément social, il doit s'assurer des liens avec ses congénères.
Pendant sa période solitaire, le jeune peut parcourir 10 à 20 fois la distance que parcourt la meute, il ne dépose aucune marque olfactive (urine) et n'hurle quasi jamais.
 

Leurs vocalisations, hurlements et grognement sont également importants dans leur système de communication: il sert à appeler un autre clan pour une chasse (jusqu'à 10km), à renforcer la cohésion du groupe, voire à se localiser dans le mauvais temps...
En compétition avec l'homme pour le gibier ou s'attaquant à ses troupeaux, le loup fut vite considéré comme nuisible... Mais les loups, contrairement à l'homme, ne prélèvent que ce dont ils ont besoins pour vivre. Depuis peu seulement, ce très bel animal est respecté et protégé mais sa récente expansion dans certaines régions d'Europe réveille des peurs aussi vieilles que l'homme...