La grande idée de Stoker dans ce roman, c'est d'avoir
présenté l'histoire comme une succession de lettres, d'articles
de journaux ou d'extraits de journal intime. Cela donne une authenticité
certaine à l'existence d'un monstre tel que le Comte Dracula, et
rend ses agissements encore plus effrayants.
Le procédé, efficace, est régulièrement
employé au cinéma (dernière version modernisée
et réussie: les cassettes vidéo des trois étudiants
du "Blair Witch Project", retrouvées après leur disparition...)
Coppola proposa une version fidèle
du roman, dans la trame générale de l'intrigue, mais ce qui
fait toute l'originalité du film c'est de justifier les agissements
de Dracula non plus uniquement par une volonté de domination
sur un monde neuf et puissant ( l'Angleterre coloniale de la Révolution
Industrielle, comme dans le roman), mais d'expliquer les actes du Comte
par le "réveil" d'une passion si forte, qu'elle fit de lui,
Vlad Dracula, guerrier de Dieu ayant lutté contre les Turcs plusieurs
siècles auparavant, un être maudit.
En effet, n'acceptant pas la mort de celle qu'il aimait il refusera
de confier son âme à Celui, supposé Tout-Puissant,
qui l'avait trahi en acceptant cette injustice...Il devient un "Non-mort"...
Le prologue du film, onirique et baignant dans une lumière sanglante,
pose immédiatement une tension qui ne se relâchera pas tout
le long du film. L'ambigüité du
peronnage, axée depuis longtemps sur son érotisme fatal,
est ici liée à ses sentiments intimes, sa douleur et la justification
de sa brutalité.
Pourtant Dracula est un monstre. Il agit
en monstre: violent, égoïste, manipulateur des faibles... Mais
sa soufrance a due être si grande, n'a-t'il pas le droit d'employer
tous les moyens dont ils disposent, et ils sont redoutables, pour retrouver
une raison de vivre...
Le film, tourné en studio et faisant appel le plus souvent aux
techniques traditionnelles d'effets spéciaux
( de magnifiques "mat-painting" entre autres), bénéficie
d'une atmosphère particulière, irréelle presque artificielle,
dramatique sans être forcée. Bref, c'est excellent !
Le casting colle parfaitement avec les personnages, aucune personnalité
ne prenant le pas sur le caractère de chaque personnage
( c'était casse-gueule avec Hopkins, qui à cependant
très bien perçu le sens de l'humour si particulier de Van
Helsing....).
Oldman compose un Dracula à l'accent slave
"juste-comme-y-faut"
(écouter: "I am Dracula" )
Reaves est un Johnathan Harker sobre et
clean plus vrai que nature,
quant à Winona (Noni !) Ryder, on ne pouvait pas trouver plus
sensible, courageuse et jolie "Madame"Mina.